
Ombre ou lumière.
L'histoire des musiques populaires déborde de destins étranges, atypiques ou surprenants.
Certains musiciens tiennent une place à part au temple de la discrétion : Billy Preston, Nicky Hopkins, Fred Wesley ou plus récemment Marc Ribot… Autant de sons, de solos et d'arrangements présents dans toutes les bonnes chaumières, autant de noms écrits en tout petit, en bas à droite à l'intérieur du livret.
Seb Martel est l'un d'eux. Pour l'instant.
Si Mathieu Chedid, Camille, Alain Chamfort, Piers Faccini ou Enrico Macias ont fait appel aux phrasés hors sentiers rabattus du guitariste angevin, le chanteur et songwriter construit en parallèle et patiemment un de ces petits mondes qui pourrait bien tout déchirer sans crier gare. Chez Vercoquin, Betamax, Las Ondas Marteles ou sous son propre patronyme, un seul et unique monde de chansons si délicates qu'on aimerait pouvoir les mettre à l'abri. Une folie sortie d'un cerveau gentiment perturbé qui prétend qu'on peut aimer Charley Patton et Serge Gainsbourg, qui cherche à nous convaincre qu'on peut rêver du Mississippi tout en adorant vivre à Montreuil.
Avec « Ragolet » en 2003, Seb avait écrit le premier chapitre d'un bouquin sonore qui s'annonçait champêtre et résolument insaisissable. L'album avait été suivi de concerts arériens puis de soirées nomades où Seb le maître de cérémonie réinventait le Greenwich Village des années 60 en compagnie de ses compagnons de flânerie.
« Coitry? » rassemble les deux épisodes suivants du road movie. Deux faces d'un même chapitre, deux courts métrages pour une seule séance. 19 chansons bien balancées, enregistrées et bricolées en douceur, au plus près de la vie. La vraie.
Bien sûr, ses amis on voulu en être. Vincent Segal, Cyril Atef et M, récents colocataires de tour-bus ; Fred Poulet, Piers, Hervé Salters ou Vic Moon, même passion commune pour l'artisanat des chansons ; Martin Gamet, Cyril Aveque ou Jérôme Goldet, musiciens-frères jusqu'au bout de la nuit.
Le résultat sonne comme l'un de ces miracles qu'on n'attendait plus. Tout seul comme un grand, Seb Martel a inventé la musique de proximité, des chansons si proches de nous qu'on jurerait les avoir écrites.
Peter Higgins qui prêta sa Ferrari à Magnum, Robert Carpentier le petit-fils du boxeur, Céline Bary nièce de John, Martin Gamet l'héritier des produits de beauté, Freddy Mac Quinn frère de Steve, Spleen arrière petit-fils de Baudelaire, Mathieu Chedid frère d'Emilie, Vincent Segal fils adoptif de Steven, Caroline Utrowski-Glass belle-sœur d'Ann Gisel Glass, Tommy Jordan filleul du buteur Ecossais des années 70, Piers Faccini comptable sur l'île de Beauté…
Comment Seb Martel parvient-il a réunir un casting aussi impressionnant ?
J'ose quelques hypothèses :
Son goût pour le partage et sa générosité, son invraisemblable faculté à nous démentir dès que nous avons l'impression d'avoir cerné le personnage. On le croit artiste rural ? Une face de son double album est urbaine. On le sait instrumentiste, il s'impose chanteur. On craint qu'il soit accaparé par son job de guitariste chez M, il compose un double album. On le découvre hispanophone avec Las Ondas Marteles, il revient anglo-francophone avec « Coitry? ». Seb Martel fascine. Ses amis artistes qui se retrouvent alors dans ses projets musicaux comme des papillons de nuit autour d'un réverbère. Et bientôt un public mélomane et international.
Fred Poulet